120 km de pluie en moto avec de mauvais gants, je ne le referai plus

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Motard de 48 ans sous une pluie battante après 120 km, gants trempés et usés, route mouillée

Sur l'A7, juste après l'aire de Lançon, le gant gauche a commencé à picoter alors que la pluie restait fine. Je suis parti pour 120 km avec une veste étanche et des gants dits imperméables rangés dans le top-case. J'étais sûr de moi, puis l'eau a glissé sous ma manche et ma main s'est refroidie en moins de 30 minutes. Le retour m'a coûté 67 euros de remplacement urgent, et j'ai été frappé par le silence du gant mouillé quand j'ai coupé le contact.

Le jour où j'ai compris que ça ne marchait pas

Ce jour-là, j'ai quitté Aix-en-Provence avec un ciel gris et une route qui luisait déjà sur les premières rampes. Le trajet devait rester simple, une boucle de 120 km avec un passage rapide en ville puis du roulage plus libre. J'avais préparé un petit protocole: relever le kilométrage au départ, vérifier le poignet après les 20 premiers kilomètres, puis contrôler la couture du pouce au premier arrêt. J'avais pourtant un doute sur la jonction au poignet, mais je l'ai balayé trop vite. J'avais pris ma veste la plus étanche, un casque bien serré, et mes gants "imperméables" dans le top-case comme un repère banal, pas comme une garantie. Mon état d'esprit était banal, presque tranquille, et c'est peut-être ce qui m'a rendu plus bête encore.

Au bout de 24 km, j'ai senti le bout de l'index se refroidir, puis le majeur, puis le pouce. J'ai rentré la manchette de la veste dans le gant, convaincu que ça bloquerait le vent au poignet. Le geste me paraissait logique sur le moment, propre, presque rassurant. Je me suis retrouvé avec une entrée d'eau pile là où je croyais fermer la porte.

Le problème n'a pas explosé d'un coup. L'eau suintait lentement dans le gant, comme une moiteur qui remontait sans bruit, et l'extérieur gardait une allure presque correcte. Puis l'eau ruisselait sous ma manche, rentrée à l'intérieur du gant, inondant ma main en quelques minutes sans que l'extérieur du gant ne soit mouillé. J'ai vu le piège avant de le comprendre.

Après 41 km, les doigts étaient froids, raides, et la moindre action sur l'embrayage demandait un effort de trop. Le frein avant me paraissait moins net, comme si le gant avait mangé la précision au lieu de la laisser passer. J'ai été frappé par cette bascule très simple, une pluie pas si forte qui suffisait pourtant à me voler la main.

Ce que j'aurais dû vérifier avant de partir

Mon travail de rédacteur au magazine Est Modèles m'a appris qu'un défaut minuscule finit par prendre toute la place. Ici, le défaut n'était pas la pluie, mais le raccord entre la manche de la veste et le gant. Quand la manchette est trop courte ou mal posée, l'eau descend le long du bras, s'accroche au bord, puis passe par capillarité au poignet. Elle ne tombe pas en jet, elle avance en silence.

Mes gants n'étaient pas faits pour cette longueur de pluie. La couture du pouce avait l'air propre, mais la doublure n'était pas assez protégée, et la membrane ne tenait pas un roulage prolongé sous la flotte. J'ai aussi cru qu'un cuir épais bloquerait la pluie, sans regarder les coutures ni le poignet. Je les portais aussi un peu trop serrés, persuadé que je gagnerais en précision.

Avant de partir, j'aurais dû lire trois signaux simples, que j'avais sous les yeux et que j'ai laissés filer.

  • l'index et le majeur devenaient froids plus vite que le reste
  • la manchette ne couvrait pas assez le poignet
  • la doublure collait déjà un peu dès les premiers kilomètres
  • le pouce marquait le premier signe de fatigue

À ce stade, j'étais encore à distance du vrai dégât, mais plus pour longtemps. J'ai attendu trop longtemps avant d'admettre que ça ne séchait pas en roulant. Je pensais encore tenir jusqu'à l'arrivée sans y laisser grand-chose. C'était déjà faux.

La galère concrète sur la route et ses conséquences

La pluie a gagné du terrain après 60 km, et mes mains ont suivi. Le gant devenait lourd, froid, presque collant, et la sensation de serrer la poignée passait à travers une couche humide. J'ai fini par tenir l'embrayage avec plus de force, ce qui fatiguait l'avant-bras sans rien régler. À ce stade, je sentais déjà la perte de dextérité dans les petits gestes.

Le moment le plus agaçant est venu à une station-service, près d'un alignement de voitures qui gouttaient comme les miennes. J'ai retiré le gant et j'ai vu la peau fripée, la doublure détrempée, puis des gouttes tomber du bout des doigts. J'ai eu un mouvement de recul, presque de dégoût, parce que la main semblait sortie d'un gant resté dans l'eau. À ce moment-là, je me suis senti vraiment ridicule.

La perte de temps a été concrète. J'ai passé 14 minutes à frotter mes mains dans du papier absorbant et à attendre qu'elles redeviennent un peu sûres sur la poignée. J'ai aussi perdu l'envie de forcer le rythme, ce qui m'a fait rouler plus tendu jusqu'au bout. Et le soir, j'ai rangé ces gants trempés à côté d'une paire de chaussures, avec cette petite odeur de cuir humide qui colle aux vêtements.

Le pire, c'était la doublure qui collait et tournait à l'intérieur, comme si la main était enfermée dans une éponge froide et gluante. Pour retirer le gant, j'ai dû tirer doigt par doigt, avec cette impression désagréable que le tissu se retournait sur lui-même. La pluie n'avait rien d'extraordinaire, mais la sensation, elle, était franchement mauvaise. J'ai gardé ce souvenir de main molle bien plus que le reste du trajet.

Ce que je ne referai plus et mes leçons apprises

Après ce trajet, j'ai coupé net dans les compromis. Je ne remets plus la manchette de la veste à l'intérieur du gant quand la pluie s'annonce longue. Je cherche une vraie manchette longue qui recouvre le poignet. La différence n'est pas théorique, elle se voit dès que l'eau commence à longer le bras.

J'ai aussi regardé les coutures, la forme du poignet, la présence d'une membrane, et la manière dont le cuir se comporte sous l'eau. Un gant peut paraître propre au premier coup d'œil et rester mauvais dès que la route dure. Depuis mes années comme rédacteur, je sais que le détail discret finit toujours par sortir du décor. Sur la moto, c'est encore plus vrai.

Dans la vie de famille, cette erreur m'a marqué d'une façon bête mais nette. Quand je suis rentré à Aix-en-Provence, mes deux enfants m'ont vu poser les gants sur le radiateur et comprendre, sans grand discours, que la sortie avait tourné court. Je ne leur ai pas fait de démonstration, j'ai juste montré la paume encore pâle et les doigts un peu raidis. Pour un cuir qui s'abîme, j'aurais laissé le chantier à un sellier.

Si j'avais su plus tôt que l'eau passait par capillarité au poignet et par les coutures, j'aurais évité cette paie salée et cette gêne inutile. Pour quelqu'un qui accepte de rouler longtemps sous la pluie, mon passage sur l'aire de Lançon m'a laissé un verdict très simple. J'avais 67 euros de moins pour une paire achetée en urgence. J'ai encore le souvenir de cette main froide, pas de la pluie elle-même, et c'est ça qui m'a appris le plus.

Avatar de Mickaël Lambert
La rédaction